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Une pratique ancrée dans l'histoire

La Semaine Sainte qui précède Pâques, commémore la Passion et la mort de Jésus. Dans les rituels de l'Europe catholique, les célébrations de la Semaine Sainte donnent lieu tous les ans à de nombreuses processions qui accompagnent la liturgie. Dans le sud de l'Italie, on trouve une très grande variété de rituels structurés autour du portage des statues de saints, en particulier celle du Christ mort.

A Procida, petite île de la baie de Naples, l'organisation des processions de la Semaine Sainte remonte au XVIIIe siècle. Les processionnaires, habillés en pénitents, pratiquaient alors des rites d'autoflagellation, interdits depuis par l'Église. Au fil du temps, la procession a évolué en intégrant des représentations des symboles de la Passion (clous, couronne d'épines, etc.) mis en scène par les misteri (mystères).

Une pratique inscrite dans le présent

La procession du Vendredi Saint qui mobilise quelque 2 000 figurants, est constituée de chars présentant les misteri, nom donné aux représentations de scènes du Nouveau et de l'Ancien Testament. Ces scènes majoritairement bibliques évoquent parfois des sujets de préoccupations contemporaines, telle la Camorra. Construits à partir d'assemblage de mannequins, les chars sont détruits voire brûlés dans l'allégresse au terme de la procession. Entre construction, vénération et destruction, entre mannequins et statues religieuses, cette pratique de création des mystères constitue un rituel qui se renouvelle chaque année.

Tenus secrets jusqu'au matin du vendredi, les mystères sont réunis à la Terra Murata, cœur historique de l'île, où chaque confrérie se rejoint pour annoncer, sous sa bannière et au son des trompettes, le début de la procession. Les chars sont portés à bras d'hommes et le cortège parcourt l'île le long de ses rues étroites jusqu'au port de Corricella.

Une pratique qui se transmet

La procession structure et rend visible la société masculine selon les âges de la vie. Les bébés portés par leur père ouvrent le convoi, suivis par les enfants, les adolescents et les jeunes adultes, tous masculins. Le poids et la monumentalité des chars et des statues augmentent avec l'âge des porteurs. Au fil des ans, la place du processionnaire recule dans le cortège et lorsqu'il est trop âgé pour pouvoir porter les chars, il rejoint le rang des fidèles qui assistent au passage de la procession le long des rues de l'île. Entre profane et sacré, ce théâtre au cœur de la vie collective des habitants de l'île s'élargit progressivement à de nouveaux protagonistes, comptant désormais de nombreux touristes nécessaires à la vie économique locale.

Deux reportages, réalisés à 20 ans d'intervalle par Alain Volut en noir et blanc et Roberto Salomone en couleur racontent cette procession. La comparaison met en relief les permanences et les évolutions, montrant qu'il s'agit d'un patrimoine adapté aux enjeux de chaque époque.

Procession

Fidèles rendant hommage à la statue du Christ mort Île de Procida, 22 avril 2011 © Roberto SALOMONE

Procession

Statue du Christ mort Île de Procida, 22 avril 2011 © Roberto SALOMONE

Procession

Membres de la confrérie des Turchini portant les chars dans les rues Île de Procida, 22 avril 2011 © Roberto SALOMONE

Procession

Hommage des anciens à la statue vénérée du Christ mort Île de Procida, 1993, ©Alain VOLUT

Procession

Angioletti Île de Procida, 1993 © Alain VOLUT

Procession

Un enfant croise le regard du Christ Île de Procida, 1991 © Alain VOLUT