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Une pratique ancrée dans l'histoire

Peuplée de quelques centaines d'habitants, Kihnu est une petite île située au large des côtes estoniennes. Dans un pays marqué par les dominations successives, la transmission d'un héritage culturel local revêt une dimension symbolique forte. Son relatif éloignement et sa petite taille l'ont préservée lors de l'occupation soviétique. Même si le régime interdisait les pratiques culturelles régionales comme parler la langue kihnu, l'île était moins soumise au contrôle autoritaire du régime que sur le continent. Suite à la fin de la période soviétique, les habitants de Kihnu ont développé une identité insulaire singulière dont les femmes sont réputées être les gardiennes. En effet, ce sont les femmes que l'on remarque en premier au sein de cette communauté de pêcheurs de 500 âmes, à tel point que certains lui inventent régulièrement le statut de « communauté matriarcale ». Depuis 2003, l'espace culturel de Kihnu est inscrit sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'Unesco.

Une pratique inscrite dans le présent

Façon de parler, façon de s'habiller, façon de penser et de faire de la musique... l'héritage culturel de l'île, bien plus qu'une pratique, consiste en un véritable mode de vie. L'élément le plus visible est certainement la jupe en laine tissée, rayée aux couleurs des temps forts de la vie.

Même si chaque région d'Estonie possède son vêtement traditionnel, on le sort du placard uniquement lors d'occasions et fêtes particulières. Or, à Kihnu, le port de la jupe fait toujours partie du quotidien des femmes. Celles des jeunes filles sont bien souvent d'un rouge vif. Lors d'un deuil, la jupe se raye de noir avant d'en retourner au rouge, passant par le bleu. Au fil d'une vie la tenue s'assombrit peu à peu. Comme mémoire de vie, la jupe garde toujours la trace de ces évènements marquant l'existence.

Une pratique qui se transmet

Suite à la chute de l'Empire soviétique en 1991 et à la proclamation de son indépendance, l'Estonie se positionne comme un pays résolument moderne - l'un des plus connecté à internet, politiquement rattaché à l'Union européenne. En réaction à une occidentalisation rapide des modes de vie, les habitants de Kihnu se sont efforcés de mettre en place les institutions permettant d'organiser la transmission de ce qui fait son identité. Cela se manifeste notamment par des cours de tissage et l'enseignement du violon dans l'unique école de l'île. La plupart des enseignements sont en langue kihnu. Comme toute langue vivante, elle évolue et un lexique kihnu-estonien rend compte régulièrement des nouveaux mots qui apparaissent.

Si l'insularité a contribué à protéger la spécificité de la communauté, elle n'encourage pas les jeunes à rester. Dans les années 1990, l'île s'est dépeuplée et la culture traditionnelle a commencé à décliner. Aujourd'hui Kihnu vit en grande partie des produits du tourisme. Faire sa vie sur l'île constitue un acte militant, tant la vie insulaire est difficile en hiver.

Célébration lors de la ré-ouverture au public du phare de Kinhu

Rassemblement de femmes à l'occasion de la réouverture du phare 30 avril 2013 ©Jérémie JUNG/Signatures

Cérémonie pour la venue du patriarche Bartholomée 1er de Constantinople sur l'île de Kinhu.

Petite fille vêtue de la jupe traditionnelle lors de la venue du patriarche de Constantinople 9 septembre 2013 ©Jérémie JUNG/Signatures

Rentrée des classes à Kinhu

Deux soeurs, l'une habite dans l'île et y enseigne l'anglais, l'autre vit au Canada 2 septembre 2013 ©Jérémie JUNG/Signatures